
Mais, qui donc étaient… les castors ?
Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, la France fait le bilan des destructions immobilières : 452 000 immeubles entièrement détruits, 1 436 000 endommagés plus ou moins gravement. Au total, ce serait près d’1/5 du patrimoine existant en 1939 qui serait à reconstituer… A Nanterre, comme partout ailleurs, la crise du logement se fait durement sentir. C’est au cours d’une réunion de l’association des Amis du Petit-Nanterre, qu’un prête évoque alors l’expérience originale d’autoconstruction de logement, menée à Pessac, en Gironde. En octobre 1948, cinq familles aidées par un groupe de prêtes ouvriers décident, soutenu et aidé par André Baugé, ouvrier et délégué syndical travaillant alors chez Peugeot, et Jo Sarrazin, manœuvre chez Wilème, constructeur de camions, de se constituer en société coopérative et d’acquérir un terrain dans le quartier pour construire 50 logements en copropriété. De fil en aiguille, près d’une cinquantaine de familles, d’origine modeste, s’associèrent au mouvement. Ensemble, elles créèrent l’association des Castors… Grâce à des prêts et quelques dons, elles purent ainsi acheter un terrain de 17 000 m2. Les travaux de construction, qu’ils entreprirent tous ensemble, débutèrent en novembre 1951, et durèrent près de 22 mois. A l’exception du nivellement du terrain par un bulldozer et de la pose des canalisations du tout-à-l’égout, les Castors – appellation qui désormais leur collerait à la peau – construisirent tout par eux mêmes, sous la direction de Félix Pinard, chef de chantier qui était leur salarié. Tout était organisé, planifié, millimétré, en quelque sorte : chacun devait consacrer un minimum de 40 par mois au chantier, auquel il fallait ajouter les 2/3 des congés payés. La durée de travail hebdomadaire, quant à elle, pouvait varier entre 48 et 52 heures.
Aujourd’hui, dix des familles habitent toujours le logement qu’elles ont construit. Les autres ont vendu. Pour les quarante ans de leur installation, le 19 juin, 1993, ils se retrouvèrent pour une fête qui réunit près de 250 personnes : des anciens, leurs enfants et leurs petits-enfants.
Source : Oh ! Quelle histoire. Nanterre au fil des rues. Société d’Histoire de Nanterre. Bulletin n°15. Volume 2. Février 1995.