Une annexe de la Sorbonne
Installée sur les terrains de l’ancien camp militaire de la Folie, la faculté des lettres de Nanterre, annexe de la faculté des lettres de la Sorbonne, ouvrit ses portes en octobre 1964. Une implantation qui répondait à deux objectifs : la nécessité de trouver une solution à l’exiguïté des locaux de la Sorbonne, et une volonté politique d’aménagement de la région parisienne. Deux années plus tard, en 1966, le domaine universitaire allait s’étendre en accueillant, outre la faculté de lettres, une annexe de la faculté de droit et de sciences économiques du Panthéon. Une annexe qui, dès 1968, devint par décret, la faculté de droit et de sciences économiques de Nanterre.
Création de l’université Paris X
Il fallut attendre « l’après 68 » pour que la faculté de Nanterre obtint véritablement sa propre autonomie ; une autonomie, qui rappelons-le, fut demandée par le conseil de la faculté des lettres de Nanterre, le 14 mai 1968. Le 24 décembre 1970, un arrêté ministériel approuvait la création de l’Université Paris X. Dès la rentrée de 1971, l’université allait accueillir 15 967 étudiants, alors qu’elle n’en comptait en 1964 que 2872.
Etudier à Paris X aujourd’hui
Site officiel de l’université Paris X : http://www.u-paris10.fr
Vous y trouverez 8 grandes rubriques : présentation, espace de formation, recherche, espace professionnel, relations internationales, ressources documentaires, vivre sur le campus, s’inscrire à Paris X. Un site complet qui vous donne accès à des informations administratives et pratiques.
L’épisode Mai 68
L’université Paris X est irrémédiablement rattachée, dans nos mémoires, aux évènements qui se déroulèrent en France, en mai 68. Car c’est ici, à Nanterre, que tout a commencé. Constituée d’une grande concentration d’étudiants issus pour l’essentiel de catégories sociales aisées, mais aussi majoritairement salariées, elle fut en effet le témoin de ces mutations et transformations de tous ordres que connut l’Hexagone, au tournant des années 70. Montée d’aspirations et de comportements nouveaux d’une jeunesse qui étouffe dans les cadres qui lui sont imposés, désir profond de changer l’ordre et le cours des choses : en ce 22 mars 1968, une centaine d’étudiants, pour la plupart membres de groupes anarchistes ou gauchistes, avec parmi eux, un certain Daniel Cohn-Bendit, passent à l’acte et occupent la tour administrative de l’université de Nanterre. Un fait aujourd’hui peu connu des étudiants mais qui, à l’époque, prit l’allure d’un symbole fort de la remise en cause de la sacro-sainte autorité des mandarins universitaires.
Drapeaux rouges et revendications : le mécontentement monte
Les actes de résistance et de révolte s’enchaînent à Nanterre : interruptions de cours, grèves d’étudiants… jusqu’à ce que l’agitation finisse par gagner Paris et la Sorbonne au début du mois de mai. Comme le rappelle Gilbert Wasserman dans son ouvrage, Nanterre, une histoire, « Des manifestations ont lieu jusqu’à ce que le 9 mai au soir la police charge avec violence des groupes d’étudiants qui répondent en montant des barricades. La faculté de Nanterre comme celles de Paris est alors occupée jour et nuit. Plus aucun cours n’a lieu. Les organisations syndicales CGT, CFDT, FEN appellent les travailleurs à manifester le 13 mai pour protester contre la répression des manifestations étudiantes. C’est alors une immense manifestation qui traverse Paris. Elle sera le véritable révélateur de l’immense mécontentement des travailleurs. Dès le lendemain, après Renault, entreprise par entreprise, la France se met en grève et occupe les usines. On comptera jusqu’à dix millions de grévistes à la fin mai. A Nanterre, ce sont à peu près toutes les catégories de salariés qui participent au mouvement. L’ensemble des usines est, dans la semaine du 14 au 21 mai, occupé. Citroën l’est aussi, pour la première fois, depuis son arrivée dans la ville. Les toits des usines s’ornent de drapeaux rouges, les entreprises affichent la revendication de salaires décents et la volonté de ne plus être considérés comme des pions sur le lieu de travail. » Plusieurs manifestations auront lieu à Nanterre… Mais, on retiendra essentiellement la grande manifestation organisée à Paris le 29 mai 68, à l’appel de la CGT : les travailleurs nanterriens s’y rendront en effet par milliers… « Après les accords de Grenelle signé fin mai par le CNPF, le gouvernement et les organisations syndicales, les grèves et les occupations cessent en l’espace d’une dizaine de jours, explique Gilbert Wasserman. Ces accords, outre des avantages salariaux importants, consacrent pour la première fois la reconnaissance de la section syndicale d’entreprise. »
Un mouvement inscrit dans l’histoire
Parallèlement, le mouvement étudiant lui se poursuit… Gilbert Wasserman commente : « Mais, les différents groupes gauchistes qui l’animent parviennent à l’entraîner sur la voie de la violence et de la réponse aux provocations policières organisées par le pouvoir. Il n’y a pas à Nanterre de violences particulières, mais de nombreux étudiants de la ville sont à Paris quand fleurissent dans le quartier Latin les barricades. » Et d’analyser : « Le grand mouvement de mai et juin 68 n’a pas véritablement abouti. Pourtant, caractérisé par l’entrée sur la scène de la jeunesse et de la participation à la lutte de millions de salariés dépassant les limites de la classe ouvrière, il a été de ces moments dans l’histoire, à partir desquels plus rien ne peut être comme avant. »
Sources : Nanterre, une histoire par Gilbert Wasserman, éd. Temps actuels