Alors que le département verse chaque année 10 millions d’euros au Pôle Léonard-de-Vinci, dite « fac Pasqua », pour… 5 000 étudiants, il supprime les 900 000 euros alloués à l’université de Nanterre qui compte 32 000 étudiants et 2 000 enseignants-chercheurs.
A contrario, le conseil général a décidé de financer l’université Dauphine à hauteur de 400 000 euros.
Pourquoi la suppression de cette subvention ? Parce que l’université de Nanterre ne se plie pas à son injonction de « développer des métiers qui sont exercés à La Défense ou dans le département ».
C’est une attitude inique, irresponsable et inquiétante.
De plus, c’est une méconnaissance totale de l’université de Nanterre, de la diversité de ses formations, de ses soixante-dix laboratoires de recherche, sa maison de l’archéologie et de l’ethnologie, ses équipes de droit, de sciences économiques et politiques, de sociologie, etc.
Incontestablement des centaines de salariés des Hauts-de-Seine ont été formés à l’université de Nanterre.
Mais l’attaque est plus grave.
Depuis quand la recherche et le savoir doivent-ils se plier aux desiderata de celles et de ceux qui ont la responsabilité élective de les aider ?
Patrick Devedjian parle crûment. L’objectif d’extension de La Défense n’est pas qu’un projet physique : celui d’ajouter des tours aux tours. Il s’agit également de tenter d’assujettir l’ensemble d’un territoire, y compris sa formation et sa recherche, aux exigences d’un hypothétique développement des activités financières.
Sans doute aux yeux du président du conseil général des Hauts-de-Seine les sciences humaines et sociales sont inutiles dans le département.
Je souhaiterais attirer son attention sur un entretien que Michel Wieviorka, président de l’Association internationale de sociologie, a accordé au Monde le 3 janvier 2010. Le sociologue réaffirme l’intérêt et « l’utilité » des études supérieures dans son domaine : « On a besoin de personnes formées en sciences sociales partout ! Dans les syndicats, les ONG, les associations, le travail social, le système hospitalier, l’armée, l’édition, les médias, la publicité, etc. Je préfère dire aux jeunes : choisissez des études qui vous intéressent ! Qui sait ce que sera le marché dans cinq, dix ou vingt ans… (…) La société attend moins des compétences fixes que des individus qui savent réfléchir. (…) Plus que d’avoir un seul acquis, l’important est d’avoir appris à les acquérir ».
La décision de Patrick Devedjian a pour unique volonté de sacrifier, aux seuls desiderata du cac 40, la connaissance, la science et le droit à la liberté chères aux fondateurs de l’Université !
Patrick Jarry,
maire de Nanterre et conseiller général des Hauts-de-Seine.