« La femme est l’avenir de l’homme ? »
Il s’agit d’une évidence : l’histoire des femmes est sexuée. Dès le début du XIXe apparaît la séparation de la fonction de reproduction de celle de la production. Il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui cette distinction demeure, dans la mesure où les femmes continuent à assurer 80 % des tâches ménagères. De plus, faut-il le souligner, ce travail domestique est gratuit et, bien souvent, l’accès à l’emploi pour une femme dépend encore de sa situation familiale. D’un point de vue légal, l’homme et la femme sont, certes, des sujets-citoyens égaux, mais il n’en est pas de même quant à la différence des corps qui est, elle, irréductible. L’articulation entre production et reproduction induit donc une différence, et c’est à ce moment-là que la liberté des femmes est en jeu, soit pour la contrôler, soit pour la conquérir. Cette liberté est l’enjeu fondamental du rapport entre les hommes et les femmes : les hommes ont peur de la liberté des femmes et les femmes savent qu’elles doivent être libres pour devenir égales. Ainsi, conjuguer liberté avec égalité demeure un combat et une finalité, car c’est avec la liberté que l’on fabriquera de l’égalité dans l’espace du travail, et aussi ailleurs (les femmes assument encore 80 % des tâches ménagères.
Après soixante-cinq ans de droit de vote des femmes, en dépit des lois sur la parité, la participation des Françaises à la représentation politique au plus haut niveau demeure faible. Souvenons-nous des « Jupettes », ces ministres alibi vite renvoyées quand elles n’avaient plus d’utilité (il y eut certes, quelques rares exceptions, Mme Alliot-Marie, ministre de la Défense, entre autres, Ségolène Royal, à qui l’on demanda cependant « qui allait garder les enfants ? »). L’intérêt des femmes pour la chose publique n’a donc nullement entraîné leur capacité à représenter le peuple et à exercer le pouvoir politique. Qu’on en juge par les chiffres : 18 % de femmes à l’Assemblée nationale et 21 % au Sénat ! Les femmes seraient-elles donc assignées à une citoyenne limitée et bornée ? Rappelons que nous ne vivons notre indépendance qu’au prix d’une double journée de travail et que cette autonomie démocratique se paie au prix fort. En aucun cas, nous ne serions cependant prêtes à y renoncer. Combat du pot de terre contre le pot de fer ? Mais le réel est de notre côté, tant au point de vue social qu’économique, et viendra le jour où nous induirons un doute implacable dans la domination masculine. La loi sur la parité en politique n’aura donc de sens que si elle débouche sur un réel partage du pouvoir. Nous comptons sur le prochain président de la République pour nous y aider, et vous aurez compris lequel.
Venons-en à l’éducation des filles à l’école : Yvette Roudy s’était beaucoup battue, en son temps, pour faire disparaître toute trace de sexisme dans les manuels, mais vers quelles professions les enseignants orientent-ils aujourd’hui les filles ? La plomberie ? Quant on se tourne vers les modèles familiaux patriarcaux, on voit bien qu’ils perpétuent une tradition rétrograde où la femme n’a d’autre fonction que celle de génitrice dans l’espace clos du logis. Ces préjugés anti-émancipateurs sont à nos portes : prenons garde à ne pas les encourager au nom d’un différentialisme aveugle.
Je me souviens d’un très beau mot d’ordre du MRC : « La République partout, la République pour tous. » La liberté, l’autonomie sont à notre portée…