Entretien avec les présidents de conseils de quartier, Patrice Marchal (Parc-Nord) et Hassan Hmani - ancien président (Parc-Sud).
Pourquoi un projet de renouvellement urbain et social au Parc, quartier où la ville et l’État sont déjà très présents ?
Patrice Marchal : Le quartier du Parc a en effet bénéficié d’interventions multiples. Il est inscrit comme territoire prioritaire de la politique de la ville depuis 1995 et fait l’objet depuis 2004 de mesures de sécurité publique et de prévention contre la délinquance : le plan d’action du Parc, ratifié par la signature d’une convention entre la ville et l’État. Ce dernier dispositif a eu pour effet de stigmatiser le quartier sans pour autant insuffler de dynamique sociale. La mise en œuvre d’un projet de renouvellement urbain et social nous permettra de replacer les habitants au cœur du projet urbain et de coordonner l’ensemble des actions engagées dans le domaine de l’emploi, du commerce, de l’éducation…
Hassan Hmani : Je ne retiendrais pas, quant à moi, le seul aspect stigmatisant du plan d’action. Nous avons su influencer les clauses de ce dispositif de manière à ce qu’il réponde aux besoins des habitants du quartier. Des opérations sont d’ores et déjà en cours de réalisation : je pense notamment au réaménagement des espaces extérieurs des tours Aillaud ou encore à la création, courant 2007, d’un lieu d’information, d’orientation et d’accompagnement consacré à l’emploi et à la formation professionnelle. Le dispositif de renouvellement urbain et social est pour nous le meilleur moyen de prolonger la dynamique enclenchée.
Quels sont les principaux enjeux du renouvellement urbain et social ?
H. H. : Il s’agit d’instaurer une mixité de peuplement dans le quartier mais aussi de développer les initiatives de soutien et d’accompagnement des publics scolaires, d’améliorer le partage de l’espace public, de dynamiser les commerces et les services de proximité… En résumé, d’améliorer les conditions de vie des habitants et des salariés qui fréquentent quotidiennement le quartier. Je reste néanmoins persuadé que l’essentiel des interventions devront porter sur l’habitat et les conditions de logement.
P. M. : Le quartier du Parc ne peut rester à l’écart des évolutions urbaines et des grands projets en cours. Autrement dit, on ne peut laisser s’instaurer une ville à deux vitesses. Des quartiers rénovés, dynamiques, tournés vers l’avenir contrastant avec des secteurs laissés à la dérive. Le décalage risquerait de conduire à des dysfonctionnements lourds, que se soit en matière de sécurité, d’emploi ou de logement. Il faut que le quartier du Parc puisse évoluer au même rythme que d’autres secteurs de la ville : cela me paraît essentiel.
Le projet de renouvellement urbain permettra-t-il d’anticiper les mutations à venir, liées notamment à l’aménagement de l’axe Seine-Arche ?
P. M. : Il est certain que l’aménagement de l’axe Seine-Arche apportera un rayonnement nouveau à Nanterre. C’est un chantier énorme à l’échelle de la métropole dont bénéficiera tout particulièrement le Parc-Sud, avec un apport de logements et de services publics (une mairie annexe, un bureau de poste). Encore faut-il que les Nanterriens puissent continuer à y vivre et à y travailler. C’est ce à quoi nous travaillons. L’aménagement Seine-Arche doit être un ciment pour l’ensemble de la ville.
La ville peut-elle conduire seule un tel projet ?
H. H. : Non, la ville ne peut pas tout faire. C’est la raison pour laquelle la démarche de projet de renouvellement urbain et social nous est apparue nécessaire. Elle permet d’associer l’ensemble des partenaires concernés par l’avenir du quartier – acteurs de terrains et partenaires institutionnels – et de préciser les prérogatives de chacun. La ville ne peut se soustraire à une réflexion globale, au Parc comme au Petit-Nanterre, dans le quartier de l’Université et bientôt au Chemin-de-l’Île. Voilà ce que j’appelle une politique moderne et équitable.
P. M. : Si la ville ne peut pas tout, elle a néanmoins un rôle essentiel à jouer, celui du pilotage. La réussite du projet de renouvellement urbain et social passera aussi par la qualité des relations que nous aurons avec nos partenaires.
Qu’adviendra-t-il du secteur des Groues, cet espace assez peu urbanisé, à l’est du quartier ?
P. M. : Le secteur des Groues ne fait pas partie de la zone concernée par le projet de renouvellement urbain et social. Il est rattaché au périmètre d’aménagement Seine-Arche et dépend donc de l’établissement public d’aménagement concerné. C’est une zone complexe pour laquelle les études se multiplient sans qu’il n’y ait, pour le moment, de prise de décision. Il est clair qu’elle ne pourra pas rester en l’état actuel et qu’il faudra, à court ou moyen terme, redéfinir ses liaisons avec le reste de la ville.
Comment comptez-vous engager le débat avec les habitants ?
H. H. : La première étape consistera à définir avec les habitants des objectifs prioritaires, des domaines et des secteurs d’intervention. Pour cela, il nous a semblé préférable d’organiser non pas une réunion publique, mais quatre réunions dans les différents secteurs du quartier [lire encadré, Ndlr]. Ces réunions permettront de débattre des actions à mener et du projet à construire avec les présidents des conseils de quartier, Patrice Marchal et moi-même, le maire, Patrick Jarry et le premier adjoint chargé de l’aménagement, Michel Laubier. À la suite de ce premier diagnostic, nous mettrons en place des commissions de réflexion thématiques que nous espérons largement nourries par les propositions des habitants.
Propos recueillis par Sophie Bocard